LOMBARDS


LOMBARDS
LOMBARDS

Le peuple lombard, l’un des derniers immigrés au haut Moyen Âge en territoire romain, est connu depuis le Ier siècle de notre ère sous le nom de Langobardi , devenu après le Ve siècle Longobardi par étymologie populaire, et finalement Lombardi par syncope au XIe siècle. En français, l’usage ne s’est pas encore imposé de distinguer les Longobards , envahisseurs germaniques du VIe siècle, et les Lombards , habitants de la Lombardie, comme le font les Italiens: d’où une ambiguïté assez incommode. Le présent article n’étudie les Lombards qu’au premier sens du mot.

Les Lombards appartiennent par la langue au rameau westique des peuples germaniques, et plus précisément au sous-groupe des « Germains de l’Elbe ». Leur nom signifie sans doute « les longues barbes ». Leurs origines sont connues par les géographes romains, qui se bornent à noter leur présence au début de notre ère à proximité de l’Elbe inférieure, et par des traditions nationales tardivement rédigées (Origo gentis Langobardorum , milieu du VIIe siècle; Histoire des Lombards de Paul Diacre, écrite vers 770-790, etc.), en partie calquées sur celles des Gots, qui prétendent avoir pour berceau la Scandinavie.

1. Histoire du peuple lombard

Les migrations

La sagesse commande de ne pas faire remonter l’histoire des Lombards au-delà de leur affrontement avec Tibère près de l’Elbe. Ils demeurèrent dans cette région pendant la majeure partie du Ier siècle. Au IIe siècle, parallèlement au mouvement d’une série de peuples ostiques, ils s’enfoncèrent dans l’intérieur du continent européen.

On les retrouve, en effet, vers 167, au contact des armées romaines en Pannonie (Hongrie actuelle). Ils restèrent dans les mêmes parages jusqu’au Ve siècle. En 489, ils sont signalés comme envahisseurs de l’ancien pays des Ruges, la Basse-Autriche, où ils s’établirent pendant une quarantaine d’années. Ce n’est encore qu’un peuple de second plan, dont les sources parlent peu. Leur première participation vraiment active aux invasions est l’occupation de la province romaine de Pannonie Ire (Hongrie occidentale), sans doute en 527. Un autre groupe germanique, les Gépides, tenta de leur disputer la maîtrise du Danube moyen; les Lombards l’écartèrent et occupèrent en 546 la Pannonie IIe, autour de Sirmium (Mitrovica) et de Singidunum (Belgrade). Dans la steppe pannonienne, ils se muèrent en un peuple cavalier.

Tenant une position clef de l’Europe centrale, ils commencent à jouer un rôle diplomatique. Leur amitié est sollicitée tour à tour par l’Empire romain d’Orient, les Ostrogoths d’Italie et les Francs, dont le protectorat s’étend alors à la Bavière. Le premier l’emporte en général, grâce aux subsides qu’il distribue, mais le roi Wacho (vers 510-540) marie ses filles à trois fils de Clovis. C’est de ce moment que date la conversion des Lombards au christianisme; peut-être, au début, certains adhérèrent-ils au catholicisme, mais la masse devint arienne au plus tard vers le milieu du VIe siècle. Sous le roi Audoin, les Lombards passèrent à la solde de Constantinople; à ce titre, ils coopérèrent à l’écrasement des Ostrogoths; depuis lors, ils restèrent hantés par les richesses de l’Italie reconquise par Justinien.

Or, un peuple nomade venu d’Asie centrale, les Avars, qui avait été l’allié des Lombards contre les Gépides, exerça bientôt une pression sur le bassin pannonien. En 568, le roi lombard Alboin, conscient du danger, conclut avec le Khagan avar Baïan un traité remarquable: les Lombards abandonnaient la Pannonie aux Avars, se réservant toutefois la possibilité d’y revenir pendant les deux cents ans à venir s’ils en avaient besoin. Puis tout le peuple, entraînant quelques Bulgares, des Saxons, les débris des peuples germaniques de tous ordres qui avaient vécu en Pannonie, et même les derniers restes des provinciaux romanisés, se mit en route vers l’Italie. Les défenses du limes de Frioul furent forcées au printemps 568.

Cette migration, qui est proprement la dernière grande invasion germanique, est d’une importance majeure pour l’histoire européenne. Le bassin moyen du Danube, jusque-là plaque tournante des relations entre le monde méditerranéen et l’Europe du Nord est abandonné à un peuple fermé à la civilisation, qui l’occupe deux siècles et demi en effaçant toutes les traces de Rome. Le monde baltique et scandinave tombe dans l’isolement, tandis que, derrière le fer de lance avar, la migration slave commence à recouvrir la moitié orientale du continent. De leur côté, les Lombards abordent l’Italie, cœur du monde romain, sans qu’aucun épisode préalable les ait préparés à comprendre les valeurs de la civilisation antique: plus qu’aucune autre, leur invasion y a revêtu l’aspect d’une catastrophe.

Les défenses frontalières enfoncées, l’armée d’Alboin se répandit dans tout le nord de la péninsule, mais le plus souvent sans enlever les villes et les places fortes, qui se défendirent avec acharnement, certaines pendant plusieurs générations. L’arrivée des Lombards provoqua un sauve-qui-peut dans la plaine du Pô, et les Romains se précipitèrent vers deux refuges: les îlots des lagunes côtières de Vénétie (c’est l’origine lointaine de Venise et de ses satellites) et la côte ligure autour de Gênes. En 572, Alboin réussit à emporter Pavie, qui deviendra plus tard la capitale lombarde, mais il échoua dans son entreprise essentielle, la conquête de la ville impériale, Ravenne: les Byzantins s’y accrochèrent jusqu’en 751.

L’installation en Italie

Durant les premiers temps de leur présence en Italie, les Lombards errèrent sans plan précis dans toutes les directions où un butin s’offrait. Des bandes s’infiltrèrent en Gaule à travers les Alpes et causèrent des dégâts sensibles en Provence; les Francs les refoulèrent définitivement en 576 et imposèrent aux Lombards un tribut qui fut payé de 584 à 618. D’autres « armées » se faufilèrent entre les postes byzantins qui gardaient la route militaire de Rome à Ravenne et s’établirent dans les bassins de l’Apennin – notamment à Spolète – et de la Campanie intérieure, en particulier à Bénévent. Privés jusqu’au milieu du VIIIe siècle de continuité territoriale avec les Lombards du Nord, ceux du Sud constituèrent des duchés autonomes dont l’histoire se distingue de celle des rois de Pavie.

Pendant cette période, les Lombards ne se préoccupèrent pas d’instaurer un État organisé en Italie. De 574 à 584, ils se passèrent même de souverain et se contentèrent de trente-cinq ducs commandant à autant d’armées vaguement confédérées. Cet interrègne permit aux défenses byzantines de se consolider autour de Ravenne, de Rome, de Naples et de Gênes; il y eut même vers 590 une éphémère contre-offensive, tandis qu’une diplomatie de subsides cherchait à acheter quelques chefs. Les territoires restés à l’Empire furent regroupés sous un exarque résidant à Ravenne et formèrent l’exarchat, couramment appelé Romania (d’où le nom de la province de Romagne).

Ces années furent dévastatrices pour l’Italie. Alors que les autres conquérants germains s’étaient en général introduits dans l’Empire sous le couvert d’un traité en forme (foedus ) qui les avait amenés à respecter les situations acquises et notamment celle de la classe dirigeante, les Lombards s’attaquèrent de front à l’aristocratie sénatoriale et à l’épiscopat catholique qui furent ruinés et, pour un temps, éliminés physiquement. La plupart des Romains furent réduits à la situation de paysans attachés à la glèbe (coloni ). Les bandes lombardes (farae , mot qui servit dans beaucoup de toponymes) se fixèrent dans des résidences rurales (salae ) qu’elles exploitèrent tout en jouant le rôle de garnisons (arimanniae ).

Un comportement moins purement destructeur ne se manifesta qu’avec le roi Authari, élu en 584, et plus encore avec son fils Agilulf (590-616). Ce dernier fut vraiment, avec sa femme, la Bavaroise Théodelinde, l’organisateur du royaume. Son palais de Monza, près de Milan, vit renaître une certaine activité intellectuelle (en latin); surtout, le souverain se convertit en 607 au catholicisme, ce qui, en dépit des réticences de beaucoup de Lombards, devait conduire à une réconciliation des conquérants et des sujets. Arioald, second successeur d’Agilulf, fixa en 626 la capitale à Pavie et donna au gouvernement une forme bureaucratique, imitant d’assez loin l’exemple byzantin. Rothari (626-652), qui fut élu ensuite, enleva Gênes à l’Empire et, en 643, codifia en latin le droit lombard (« édit de Rothari »), droit qui témoigne d’un remarquable archaïsme.

Ainsi, au début du VIIe siècle, les Lombards sont stabilisés. Ils ont mis en place un peu partout un encadrement administratif (les ducs et les gastaldi ) et des colonies de soldats (arimanni ). Le peuplement proprement dit, que l’on étudie essentiellement grâce à la toponymie (par exemple, aux noms en -engo ) s’étend surtout au centre de la plaine du Pô – la Lombardie actuelle –, en Émilie, en Toscane et en Campanie intérieure. Les apports linguistiques sont importants: on évalue à deux cent quatre-vingts mots le vocabulaire d’origine lombarde de l’italien moderne; ils concernent la guerre, le droit et l’administration. Le lombard cessa d’être parlé probablement dans la première moitié du VIIIe siècle.

Comme dans toute l’Europe barbare, on constate l’adoption d’un nouveau style artistique, notamment en orfèvrerie, mais il est souvent difficile de démêler l’apport lombard de celui des Gots, et le trésor royal de Monza montre avant tout des emprunts faits à Byzance.

Un État dualiste

Romains et Lombards s’opposèrent principalement sur le terrain de la religion. L’arianisme lombard fut la dernière manifestation de cette hérésie, disparue partout ailleurs depuis la conversion des Visigots en 587. Au début, un seul évêque arien était sans doute attaché à l’armée, puis il y en eut un dans chaque cité de garnison, généralement établi dans un quartier à part. Presque tout le VIIe siècle se passa en luttes d’influence, parfois armées, entre catholiques et ariens.

La royauté oscilla à maintes reprises, ou se divisa; les rois Arioald et Rothari furent des ariens zélés, mais Gundperga, femme de ce dernier, était catholique. Aripert (653-661) revint au catholicisme et entraîna cette fois la majorité de ses sujets; le catholicisme qu’il choisit ne fut pas celui de l’empereur et du pape mais la religion schismatique dont l’Église d’Aquilée en Frioul avait pris la tête en 507.

L’orthodoxie triompha enfin avec Perctarit (671-678) et les sièges épiscopaux furent rétablis; toutefois, les relations avec Rome, ville byzantine presque constamment encerclée par les troupes lombardes, restèrent difficiles. Cependant, le ralliement des élites romaines fut complet: il éclate dans les vers dithyrambiques de l’épitaphe du roi Cunincpert, fils de Perctarit, mort en 700 après avoir mis fin au schisme d’Aquilée.

L’État lombard de l’époque catholique est un État dualiste où Lombards et Romains coexistent, chacun demeurant soumis à son droit propre. La direction politique et militaire appartient à l’élément lombard qui jouit d’un grand prestige et impose son onomastique. L’Église et les bureaux sont la chose des Romains, qui y font régner une régularité et des méthodes de travail (recours aux actes écrits) inconnues, par exemple, de la Gaule mérovingienne. Grâce à ces bureaux, l’État exerce un contrôle unique en Occident sur la vie économique et surtout sur le commerce extérieur. Dans la mesure de ses moyens, l’État lombard reste aussi totalitaire que l’était le Bas-Empire. Sous l’influence des Romains, le droit lombard perd au VIIIe siècle quelques-uns de ses traits les plus archaïques (lois de Ratchis en 746, l’Aistulf en 755).

Mais beaucoup d’institutions apparaissent peu évoluées, et d’abord la royauté. Les Lombards n’ont pas de dynastie stable; la couronne est déférée par l’élection des ducs de l’Italie du Nord à l’un d’entre eux, et il arriva une fois, en 661, qu’elle échut à un duc de Bénévent, Grimoald. Aucune famille ne réussit à consolider son pouvoir, sinon un temps celle, bavaroise, de la reine Théodelinde. Il advint même que le royaume fut partagé entre deux frères.

Comme chez les Francs, se tient annuellement, le 1er mars, une assemblée du peuple, au cours de laquelle ont lieu les élections royales et la promulgation des lois. L’administration locale garde pour cadre les cités romaines, mais à la tête de chacune est placé un duc lombard, doté d’une large autonomie, et dont le pouvoir se transmet parfois de manière héréditaire. Les duchés du Nord sont regroupés en trois grandes circonscriptions: l’Austria à l’est, la Neustria de Milan aux Alpes occidentales, et la Tuscia sur l’Apennin et en Toscane.

Après le milieu du VIIe siècle, la civilisation évolue rapidement. Les monastères sont reconstitués et d’importantes bibliothèques se créent. En 614, Agilulf avait accueilli à Bobbio, au sud de Pavie, les moines irlandais de saint Colomban, dont l’influence fut considérable et auxquels vinrent se joindre de nombreux Italiens. En 718, le Mont-Cassin, brûlé par un raid lombard en 577, est restauré et sert de guide spirituel au duché de Bénévent. Au VIIIe siècle, l’Italie lombarde donne naissance à un auteur de premier plan, le Frioulan Paul Warnefrid (Paul Diacre), hagiographe, poète et surtout historien de son peuple avant de devenir l’un des artisans de la renaissance carolingienne. Ce qui a été sauvé des catastrophes du VIIe siècle suffira à faire de l’Italie lombarde l’éducatrice du reste de l’Europe au temps de Charlemagne.

L’histoire politique après Perctarit acquiert un caractère plus ordonné. Pour la première fois depuis la conquête, elle est dominée par les problèmes d’administration et les relations extérieures.

Le succès des Lombards en Italie avait, en effet, attiré bientôt des imitateurs: d’abord les Avars qui, jusqu’à leur destruction par Charlemagne, firent des tentatives répétées pour envahir et piller le nord-est du pays; puis, sur leurs traces, les Slaves, qui s’infiltrèrent plus pacifiquement sur les confins du Frioul et tentèrent même des débarquements sur la côte adriatique. Enfin les Bavarois qui, pendant que les Lombards étaient retenus par les défenses byzantines des Alpes, s’introduisirent dans le Haut-Adige. Dans l’ensemble, néanmoins, les Lombards surent garder la péninsule à l’abri de nouvelles invasions.

Il ne régnait pas pour autant en Italie un esprit pacifique. Une tension constante existait avec les enclaves byzantines et avec la papauté, qui se substituait dans le gouvernement de Rome à l’Empire défaillant. L’État lombard garda jusqu’au bout une attitude agressive et méfiante. Comme dans l’Empire d’Orient, un contrôle méticuleux était exercé au passage des frontières (notamment aux cols des Alpes) et il fallait aux sujets du roi de Pavie des autorisations spéciales pour entrer en contact avec l’étranger. Toute la chrétienté en souffrait, à cause des entraves mises au pèlerinage de Rome. Aussi le royaume n’exerça-t-il guère de rayonnement. Le seul pays où il eut une influence sérieuse fut la Bavière, désireuse de se dégager du protectorat franc et à laquelle nombre de rois lombards des VIIe et VIIIe siècles étaient rattachés par des liens de famille.

La fin du royaume lombard

Le problème principal fut celui des rapports des souverains lombards et du pape. Un concile de 698 mit fin aux séquelles du schisme d’Aquilée. Aripert II restitua à Jean VII les biens de l’Église romaine confisqués jadis par Rothari. Liutprand (712-744) encouragea Rome à se séparer de Byzance, qui inclinait vers l’iconoclasme, et en profita pour occuper un instant Ravenne. Mais les choses prirent un tour plus grave quand le problème romain interféra avec celui des relations franco-lombardes. Celles-ci étaient depuis longtemps pacifiques – il n’y avait pas eu de guerre depuis 670 –, quoique Liutprand eût ouvertement contrecarré la politique de Charles Martel en Bavière. Le maire du palais, suffisamment occupé ailleurs, préféra demeurer fidèle à l’amitié lombarde et fit la sourde oreille quand le pape Grégoire III, en 739-740, tenta de l’intéresser à ses affaires en dénonçant Liutprand. Vers 737, le fils de Charles, Pépin, était même devenu en quelque sorte le filleul du roi lombard et les deux armées collaborèrent en Provence contre les musulmans.

Aistulf (749-756) porta à son faîte la puissance lombarde en conquérant en 751 tout ce qui restait de l’exarchat (mais non la Vénétie). Il voulut alors prendre la dernière ville d’Italie centrale qui lui échappât, Rome. Le pape Étienne II fit appel à Pépin le Bref. Le roi franc, qui était lié à la papauté par une dette de reconnaissance depuis que celle-ci avait entériné la déposition des Mérovingiens, se décida à rompre avec les Lombards. En 754, après un voyage du pape en Gaule, Pépin attaque: par le Mont-Cenis, il envahit la Lombardie et bloque Aistulf dans Pavie. Le roi lombard cède, promet de respecter le pape et de verser un tribut. Sitôt Pépin retourné en Gaule, Aistulf encercle Rome, Pépin revient devant Pavie en 756 et force Aistulf à rétablir la paix de 754; de plus, l’exarchat est donné au Saint-Siège et Rome passe en fait sous le protectorat franc. Pour les Lombards, c’est le commencement de la fin.

Le dernier épisode se joue sous le roi Didier (756-774). Pour secouer la tutelle franque, ce souverain tente de se rapprocher de Byzance, de jouer la carte bavaroise – le duc Tassilon est en rébellion chronique contre les Francs – ou de tirer parti des dissensions entre Charlemagne et sa famille. En vain Charlemagne, qui avait d’abord épousé la fille de Didier, la répudie en 771 et envahit l’Italie en 773. Comme deux fois déjà, l’expédition se résume en un siège de Pavie. La ville capitule en juin 774, Didier est déporté en Gaule, son fils Adelchis fuit à Constantinople et essaye, sans succès, de faire intervenir les Grecs.

C’est la fin de l’indépendance lombarde, non toutefois celle de l’État. Charlemagne devient le roi des Lombards et laisse en place la plupart des institutions, mais les colonise par l’envoi de fonctionnaires et de soldats francs; des vassaux royaux sont installés aux points stratégiques. Le droit lombard reste en vigueur et le pays a le sentiment d’une union personnelle plus que d’une annexion. En 781 même, Charles donne nominalement aux Lombards un souverain, son second fils, l’enfant Pépin; mais il garde, en fait, toute l’autorité pour lui-même.

Le royaume de Pavie se rapproche alors très rapidement du reste du monde carolingien. Il s’éloigne tant du passé authentiquement lombard qu’en 817 il prend le titre antiquisant de « royaume d’Italie ». Mais les habitants de l’Italie du Nord continuent à se proclamer Lombards, à professer la « loi lombarde », qui fut appliquée jusqu’au XIIe siècle. Et finalement, le cœur de l’ancien royaume prendra le nom de Lombardie.

Le dernier conservatoire de l’originalité lombarde fut le duché le plus méridional. Spolète avait été annexée par Charlemagne. Bénévent réussit, malgré plusieurs expéditions franques, à garder son autonomie et ses ducs héréditaires en manœuvrant habilement entre les Carolingiens, les Grecs et bientôt les Sarrasins. Tantôt unie, tantôt, et plus souvent, divisée, avec des ducs à Bénévent, à Salerne (depuis 849) et enfin à Capoue, l’Italie méridionale lombarde parvint à préserver ses traits essentiels jusqu’à la conquête normande du XIe siècle, qui mit définitivement fin à l’existence de cet État relique. Capitale d’un État faible, dirigé par une aristocratie turbulente, refuge d’institutions archaïques, dont l’isolement est caractérisé par l’emploi d’une écriture à part, Bénévent fut, cependant, un centre de civilisation nullement négligeable. La chapelle palatine de Sainte-Sophie, imprégnée d’idées byzantines, en est la meilleure illustration.

2. L’art lombard

On assimile bien souvent l’art lombard à l’architecture et au décor peint et sculpté de l’Italie lombarde des VIIe-VIIIe siècles. Il s’agit là d’une définition par trop restrictive puisque cette phase italienne de l’art lombard, à laquelle il convient également d’ajouter d’autres témoins archéologiques comme les arts du métal, a été précédée au VIe siècle (jusqu’en 568) d’une brillante phase « pannonienne », essentiellement révélée par les dépôts de mobilier funéraire.

La « phase pannonienne »

À la différence des Alamans, des Burgondes ou des Francs, Germains occidentaux dont les origines échappent presque totalement à l’enquête archéologique, les Lombards nous sont connus par une culture matérielle dès leur apparition dans l’histoire, au début de notre ère. Ils sont alors établis dans les régions de l’Elbe inférieure. De vastes cimetières à incinérations, bien souvent d’ailleurs antérieurs au Ier siècle après J.-C. (ce qui atteste l’ancienneté de la « nation » lombarde), témoignent de l’existence d’une société guerrière hiérarchisée, bien conforme au jugement que l’historien romain Velleius Paterculus portait sur les Lombards: « le peuple germanique le plus féroce par sa sauvagerie ». Les hommes sont accompagnés dans la tombe d’un armement abondant (épées, lances, boucliers), tandis que femmes et enfants reposent dans des cimetières distincts. Les Lombards ne firent pas mentir cette réputation guerrière quand six mille d’entre eux, alliés aux Marcomans, attaquèrent à partir de 166-167 la Pannonie romaine (ouest de la Hongrie actuelle, en deçà du Danube), sans pour autant parvenir à leurs fins. C’est alors que le nom des Lombards disparaît des sources historiques pour près de trois siècles, tandis que les témoins archéologiques de leur culture matérielle s’estompent en Allemagne du Nord, que la « nation » lombarde dut alors quitter. Si les étapes de cette migration demeurent conjecturales, son aboutissement fut la Bohême (le pays « Bainhaib » de la chronique lombarde du début du IXe s.), à la fin du Ve siècle. L’arrivée des nouveaux venus y est d’ailleurs marquée par l’apparition d’un faciès archéologique qui préfigure celui de la « phase pannonienne ».

Les textes font à nouveau mention des Lombards en 487-488, ils sont alors installés en Basse-Autriche. Ils y séjourneront quelques décennies, dominés par la redoutable « nation » germanique des Hérules, dont ils parviendront cependant à briser le joug. Forts de leur puissance, les Lombards pénètrent alors en 526 dans la province de Pannonie Ire (entre le Danube et la Drave, à l’ouest de la Hongrie actuelle) et s’y établissent solidement avant de conquérir plus au sud le bassin de la Save (provinces romaines de Savie et Pannonie IIe). Ils devaient y demeurer jusqu’en 568.

L’art lombard des phases prépannonienne (en Basse-Autriche) et pannonienne nous est connu par l’archéologie funéraire, les sépultures lombardes renfermant en général un mobilier abondant et souvent riche. En effet, établis à la frange orientale de l’aire de rayonnement de la culture mérovingienne, les Lombards lui ont emprunté ses usages funéraires: vastes cimetières organisés, tombes orientées et alignées, et, surtout, inhumation du défunt habillé, avec mobilier funéraire. Jusque vers 530, l’art lombard (dont les supports privilégiés seront les fibules, les garnitures de ceinture et certains équipements guerriers) offre peu de caractères originaux, mais il est fortement influencé par les cultures au contact desquelles il se trouve. Il s’agit tout d’abord de la culture italo-gothique, dont maints produits sont parvenus à la fin du Ve siècle et au début du VIe dans le bassin des Carpates (les Lombards ayant été pour un temps les alliés des Ostrogoths): notamment des fibules digitées et des garnitures de ceinture en argent doré. Il s’agit ensuite de la culture mérovingienne, orientale (Alamans, Thuringiens) et surtout occidentale (Francs): les cimetières lombards de Pannonie ont ainsi livré de nombreux objets fabriqués entre Seine et Rhin (fibules cloisonnées rondes et polylobées, fibules digitées à « pied » rectangulaire et décor géométrique imitant la taille biseautée, verreries, seilles de bois à garniture de bronze, etc.), ces importations s’expliquant notamment par les liens qui se nouèrent entre les cours lombarde et mérovingienne (Théodebert, Thibaud et Clotaire épousèrent des princesses lombardes). Seules de nombreuses fibules zoomorphes en S prolongé par des chefs de rapace, le plus souvent cloisonnées en partie, peuvent être considérées à cette époque comme spécifiquement lombardes, ainsi que des fibules aviformes, en étoile ou polylobées, dont la surface est entièrement recouverte par des grenats cloisonnés.

Vers la fin du premier tiers du VIe siècle, les orfèvres lombards, parfaitement maîtres des techniques, s’affranchissent de leurs modèles et créent un art original, bien que toujours marqué par les modes de l’époque. La meilleure illustration en est un groupe de fibules ansées asymétriques à « pied » ovale s’achevant par un chef de monstre et à « tête » demi-circulaire en général cantonnée par sept doigts (la fouille rigoureuse des sépultures a permis d’établir que la « tête » de ces fibules était en partie portée vers le bas, ces objets n’étant pas fixés aux épaules ou à la poitrine, mais entre la taille et les genoux, selon une mode venue du monde byzantin). Selon le cas, les digitations viennent de la fonderie avec l’ensemble de la fibule ou sont fixées après coup, pour les pièces de plus belle qualité. Les méplats de ces fibules (« tête », anse et « pied ») portent parfois encore une ornementation géométrique imitant la taille biseautée, à laquelle se substituent rapidement des motifs animaliers très stylisés. Un autre groupe de fibules, primitivement attribué à la « phase italienne » de l’art lombard (type de Cividale), trouve en fait son origine en Pannonie. Si la forme ansée dissymétrique de ces agrafes à « tête » rectangulaire et à « pied » rhomboïdal dérive de modèles nordiques, leur décor est traité de façon originale par un remplissage de vrilles soulignant des grenats cloisonnés et par des frises périphériques de chefs d’oiseaux à bec crochu et de masques humains. Cet art animalier lombard de la phase pannonienne se rencontre encore sur les pièces de harnachement en argent doré découvertes par exemple dans la tombe princière de Veszkény et il a dû également s’exprimer largement dans les architectures en bois, comme en témoigne le fragment de poutre sculptée mis au jour dans la sépulture royale de Z face="EU Caron" ズra face="EU Caron" ゴ, près de Brno.

En avril 568, la « nation » lombarde dans son entier quitta brutalement la Pannonie pour l’Italie, accompagnée par les débris d’autres peuples d’Europe centrale. Un conflit avec le peuple nomade des Avars était en effet inévitable, ceux-ci ayant besoin de s’établir dans le bassin des Carpates pour échapper à la pression turque. Alboin, le roi des Lombards, abandonna donc par sagesse politique la Pannonie au Khagan avar Baïan, la coupant ainsi pour plusieurs siècles du monde méditerranéen sur lequel elle avait été largement ouverte. Cette migration spectaculaire de tout un peuple, si elle mit fin à la phase pannonienne de la culture lombarde (les Lombards ayant tout incendié en partant), ne provoqua pas pour autant sa disparition, mais seulement son transfert en Italie.

La « phase italienne » de l’art lombard

L’Italie n’était pas une terre inconnue pour les Lombards; nombre d’entre eux y étaient venus en 552 pour aider le général byzantin Narsès à éliminer les Ostrogoths. L’installation des nouveaux venus ne se fit cependant pas sans mal et la résistance italo-byzantine fut longue et vigoureuse, notamment celle des villes fortifiées. Des réduits « romains » subsistèrent en particulier autour de Gênes et de Naples et tout au long de la rocade Rome-Ravenne, qui coupa l’Italie en deux jusqu’au milieu du VIIIe siècle, séparant les Lombards du Nord de ceux du Sud. Ce n’est qu’à partir du règne d’Agilulf (590-616) que naquit véritablement un état lombard structuré, centré sur l’Italie du Nord, et dont la capitale était Pavie (après Monza). Un clivage n’en demeura pas moins entre la population romaine, catholique, et la minorité lombarde, arienne depuis son arrivée en Pannonie, et ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du VIIe siècle que les deux communautés se rapprochèrent, les Lombards abandonnant l’arianisme. Cette situation permet de mieux comprendre la « phase italienne » de l’art lombard.

Les arts du métal

Un certain nombre de cimetières (les plus célèbres étant Cividale del Friuli, près d’Udine, Nocera Umbra et Castel Trosino, entre Assise et la mer Adriatique), correspondant aux premiers établissements lombards après 568, témoignent de la continuité des formes, des techniques et des décors nés en Pannonie. Les fibules en S ou ansées dissymétriques à sept doigts en sont une excellente illustration: d’abord très proches des pièces pannoniennes, elles deviennent rapidement plus grandes; le nombre de leurs digitations augmente, les motifs animaliers en « style I » et en « entrelacs libres » sont progressivement remplacés par des compositions en « style II » (entrelacements réguliers et symétriques avec intégration rythmée des détails anatomiques), cette mutation intervenant vers 600. Cet art animalier s’exprimera également volontiers sur de petites croix en tôle d’or estampées que l’on cousait sur le vêtement du défunt ou sur son linceul, ainsi que sur d’autres éléments du mobilier funéraire. Les développements que connut ce style zoomorphe en Italie s’expliquent certainement par la cohésion culturelle que le clivage de la société imposa à la communauté lombarde. Il serait faux, cependant, de croire que cette situation engendra un isolement culturel total des migrants germaniques. Le mobilier des sépultures atteste au contraire l’influence rapide des modes byzantines, qui se manifesta notamment pour les femmes par le port d’une seule fibule, ronde, de boucles d’oreilles d’or ou d’argent à pendentifs filigranés (ou constitués par des pierres semi-précieuses) ou encore de certains types de bagues. D’abord ornées en cloisonné, technique dans laquelle les Lombards avaient excellé en Pannonie, ces fibules rondes sont progressivement dotées d’adjonctions de tôle d’or à motifs filigranés qui l’emporteront dès le début du VIIe siècle, l’ornementation pouvant être complétée par des pierres montées en bâtes (boîtier individuel), avec fréquemment des dispositions cruciformes. Un certain nombre d’équipements guerriers témoignent encore de l’habileté des artisans et des orfèvres lombards, qu’il s’agisse de poignées d’épée à décor cloisonné et filigrané, de boucliers à appliques de métal illustrant des scènes de chasse ou offrant des représentations chrétiennes, ou de pièces de harnachement de chevaux (mors, garnitures de selle) et d’éperons. Une place toute particulière doit être faite ici à la plaque frontale, en bronze doré et repoussé, du casque attribué au roi Agilulf, qui porte une scène où apparaissent le roi lombard et sa suite, interprétation « barbare » de modèles antiques. Il faut enfin mentionner, à côté de garnitures de ceinture en bronze ou en fer damasquiné, assez communes, des exemplaires prestigieux en or ou en argent et notamment des plaques-boucles byzantines simples ou à pendentifs multiples, ces dernières s’inspirant des modes « nomades » du monde oriental.

Vers la fin du VIIe siècle, le mobilier funéraire se raréfie et disparaît des sépultures lombardes qu’il n’est plus alors possible de distinguer de celles de la population indigène.

S’il est relativement aisé, ainsi qu’on vient de le voir, de mettre en évidence l’existence d’arts du métal spécifiquement lombards, bien distincts des productions italo-byzantines (comme, par exemple, la reliure de l’Évangéliaire de la reine lombarde Théodelinde, conservée à Monza – la célèbre poule d’or et ses sept poussins du même trésor étant probablement une œuvre islamique) ou des importations byzantines, tel n’est pas le cas pour l’architecture, les arts lapidaires ou les décors peints. En effet, ainsi qu’on l’a maintes fois souligné, il est très difficile, entre la fin du VIe siècle et le cours du IXe siècle (pour le royaume de Pavie) ou du XIe siècle (pour le duché de Bénévent), d’établir une distinction nette entre les arts ornementaux italo-byzantins et lombards. L’Italie, lombarde ou « romaine », a ainsi connu, par-delà l’éphémère royaume ostrogoth, les prolongements des formes architecturales et ornementales léguées par l’antiquité tardive, les influences orientales étant devenues prédominantes à partir de 535, date à laquelle les Byzantins entreprirent la reconquête de l’Italie. Les exarchats de Ravenne et de Rome furent alors de remarquables foyers de cette culture byzantine et les artisans actifs de sa diffusion.

L’architecture

En ce qui concerne l’architecture, les monuments religieux imputables aux Lombards, soit par leur situation géopolitique, soit par les sources écrites, ne témoignent guère de particularismes au niveau des plans, très souvent basilicaux (Saints-Apôtres de Côme), avec parfois des absides triples se greffant sur la nef (Sainte-Marie-hors-les-Murs de Castelseprio, non loin de Milan; Saint-Sauveur de Brescia). Seuls quelques plans originaux en rotonde étoilée, avec chevet à triple abside, peuvent sans doute être tenus pour lombards (chapelles palatines de Bénévent et de Pavie).

Le décor sculpté et peint

De nombreux témoins des arts lapidaires de l’époque lombarde sont encore conservés aujourd’hui en Italie: chapiteaux, ciboriums, plaques de chancel, ambons, dalles tumulaires, sarcophages, etc. Certains de ces monuments sculptés, ainsi qu’en font foi des inscriptions (ou les textes), ont été exécutés pour le compte de souverains lombards ou de grands personnages de leur cour, sans qu’il soit toujours possible de les distinguer effectivement des productions italo-byzantines. Celles-ci, comme les œuvres lombardes, sont en effet marquées par l’évolution stylistique introduite en Italie par les Byzantins: disparition quasi totale du style réaliste et plastique, prédominance des reliefs méplats et linéaires, évolution vers la symétrie et l’abstraction. Tel est le cas des chapiteaux de pierre conservés dans la crypte de Saint-Eusèbe à Pavie, cathédrale arienne des Lombards jusqu’au roi Rothari (636-652): l’ordre végétal y est tellement stylisé qu’on pense immanquablement aux techniques du bois ou de l’orfèvrerie cloisonnée. Un certain nombre de monuments lombards, fort célèbres, illustrent les nouvelles tendances du style figuratif: ciborium octogonal érigé vers 730 par l’évêque Calixte sur la cuve du baptistère de Cividale (aujourd’hui conservé dans la cathédrale de cette ville), orné de frises géométriques et de représentations animales stylisées, empruntées au répertoire antique et paléochrétien (cerfs, paons, griffons, monstres marins); autel de Saint-Martin, toujours à Cividale, élevé par le duc Ratchis qui fut roi de 744 à 749 et qui abdiqua et se retira au Mont-Cassin, cette abbaye ayant été restaurée quelques décennies auparavant (des scènes chrétiennes d’inspiration orientale – Christ en Majesté, Visitation, Adoration des Mages – y sont traitées avec un hiératisme saisissant); plaque de chancel exécutée après 739 pour le duc de Spolète Ildéric par le Magister Ursus , conservée à San Pietro in Valle, près de Ferentillo (Ombrie) – au milieu de motifs géométriques et végétaux et de symboles paléochrétiens, figurent le donateur et l’artiste, représentés en orants; ou encore les panneaux du tombeau de l’abbesse Theodota (morte vers 720), conservé à Pavie (Santa Maria della Pusterola) – on y trouve un bestiaire paléochrétien remarquable (paons accostant le canthare, animaux fantastiques affrontés de part et d’autre de l’Arbre de Vie), accompagné de frises végétales et géométriques. À côté de ces monuments « italo-lombards », dus aux ateliers de Cividale, Pavie ou Spolète, il faut mentionner des œuvres exceptionnelles sur la chronologie desquelles on ne s’accorde pas toujours, mais qui ont été certainement exécutées par des maîtres byzantins ou sous leur direction: fresques de Sainte-Marie-hors-les-Murs, à Castelseprio, découvertes en 1944 et datables du VIIIe siècle ou du début du IXe (avec d’admirables scènes de la Vie du Christ); décorations en stuc du tempietto de Santa Maria in Valle, à Cividale, aujourd’hui datée du VIIIe siècle (comportant les figures de six saintes traitées en un style vigoureux et des frises « classiques » en relief de rosettes, entrelacs, pampres de vigne, grappes de raisin, etc.).

Les manuscrits à peintures

Il importe enfin, pour tenter d’être complet sur l’art lombard, de porter à son crédit un certain nombre d’innovations dont témoignent les manuscrits à peintures confectionnés en Italie du Nord à l’occasion du renouveau monastique des VIIe-VIIIe siècles (en 614, saint Colomban et le roi Agilulf fondent le monastère de Bobbio, près de Pavie, et y installent des moines irlandais): il s’agit notamment de lettrines zoomorphes, fortement influencées par le style animalier lombard, et de frontispices rectangulaires ou en portique, avec une grande croix médiane, dans le style de certains monuments lapidaires lombards. Ces nouveaux types d’ornements connaîtront une diffusion rapide et spectaculaire, notamment, en Gaule, avec la circulation des manuscrits italo-lombards.

La capitulation de Pavie devant les armées franques, en 774, si elle marque la fin de l’indépendance lombarde en Italie du Nord, n’a pas entraîné pour autant la disparition de la culture lombarde ou mieux italo-lombarde. En effet, se proclamant roi des Lombards, Charlemagne conserva à l’ancien royaume de Pavie son identité nationale tout en le faisant entrer dans le monde carolingien. La future Lombardie allait ainsi pouvoir efficacement participer à la « renaissance carolingienne ». En Italie du Sud, le duché de Bénévent parvint à conserver son indépendance jusqu’à la conquête normande du XIe siècle: ce royaume lombard résiduel, du fait de sa situation géographique particulière, devait demeurer un foyer de culture plus italo-byzantine que lombarde.

Lombards
peuple germanique qui, établi au Ier s. sur l'Elbe inférieure, se déplaça vers le S., passa au VIe s. en Pannonie (Hongrie d'auj.), aida Byzance contre les Ostrogoths d'Italie, puis pénétra dans le Frioul (mai 568) et prit la plaine du Pô à Byzance, qui conserva l'exarchat de Ravenne. Convertis au catholicisme au cours du VIIe s., les Lombards furent en conflit quasi permanent avec Rome. Les Byzantins chassés de Ravenne (751), le pape appela le Franc Pépin le Bref, qui sauva la papauté et créa les états pontificaux. En 774, Charlemagne (fils de Pépin) s'empara de Pavie et détrôna le roi des Lombards, Didier. Ce fut la fin de l'indépendance lombarde.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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